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Arts plast.Anciens - Elodie la Villette

 Elodie La Villette

Alfred Carlier, voyageur de nationalité belge et amateur d’art, a vécu à Saint Pierre-Quiberon de 1908 à 1915. Il nous a laissé un recueil de mémoires manuscrit rendant compte de son séjour sur la presqu’île. Dans cet ouvrage nous y avons recueilli quelques instants de la vie d’Elodie La Villette et de son atelier, rendez-vous des intellectuels et des artistes, où la qualité des échanges valait bien celle de certains salons parisiens et faisait du Portivy de l’époque un des hauts lieux de la pensée et de l’art.

Elodie La Villette, originaire de Lorient, artiste peintre reconnue, est née en 1842. Elle a laissé une œuvre remarquable, entièrement consacrée à la mer où la presqu’île y trouve maintes représentations. Mariée à un colonel en retraite haut en couleur, le couple partageait son temps entre Lorient et Portivy. Incomprise par les amateurs de peinture et boudée par les critiques d’art, admiratrice inconditionnelle  de  Courbet et de Corot, elle a, jusqu’à la fin de sa vie, enfouie sous
des châles en hiver, et en toutes saisons, parcouru les plages, observé les dunes et les changements d’humeur de la mer. Attentive, conduite par un amour profondément admiratif pour la nature, elle peignait encore à l’âge de soixante-dix ans. Elle s’est éteinte en 1917, et repose au
cimetière de Saint Pierre-Quiberon. Les promeneurs peuvent voir la plaque apposée sur sa maison à Portivy

Ce texte original a été reproduit à partir du manuscrit par L. Josse, grace à l’aimable complaisance de Mme D. Kerloc’h


Portivy est un des lieux du monde que j’ai le plus aimés, non seulement à cause de sa beauté, mais encore et surtout, peut-être, parce que sur le quai, s’élevait une maison grise et modeste où vivaient le colonel La Villette et sa femme.

Ce couple artiste, spirituel et accueillant, avait suffi à me rendre très agréable le séjour de la Presqu’île. Ces deux excellents vieux qui, à soixante quinze ans, en avaient toujours vingt-cinq, conservaient une étonnante jeunesse d’idée et de caractère. A cette maison de pierre grise était annexé un atelier de bois et de … où madame Elodie La Villette, peintre de marines, passait ses journées en compagnie de ses pinceaux et des sept chats particuliers auxquels j’avais donné le nom des sept péchés capitaux, ce qui scandalisait leur maîtresse.


Le port de Portivy,
par E. La Villette ( Mairie de Saint Pierre )

Devant la maison et l’atelier, régnait un jardinet plein de roses et d’hortensias bleus, où il faisait bon s’asseoir en été. Les Lavillette possédaient à Lorient, rue de l’Amiral Courbet, un logis empli de beaux meubles et d’objets d’art, mais il n’y séjournaient guère que huit jours par an, à l’époque du nouvel An.

Ils lui préféraient leur maisonnette de Portivy peu confortable et chétivement meublée. Je le comprenais d’autant mieux, que Lorient était à l’époque une ville banale et sans caractère, où l’ennui suinte par tous les jointures de toutes les pierres, même au cours Bisson dont les Lorientais sont aussi fiers que les Parisiens le sont des Champs-Elysées.

Le Colonel était un survivant de l’Armée Impériale. Malgré sa petite stature, il pesai cent-vingt kilos. Il ressemblait aux rois que Jordaens a peints dans ses Epiphanies : une large face rubiconde, une moustache blanche hérissée, une jovialité qui se traduisait par d’énormes éclats de rire, et une sentimentalité qui, au récit d’aventures tristes, lui emplissait les yeux de larmes. J’ai souvenance que lui ayant un jour raconté la mort de mon père, il se mit à pleurer comme un enfant.

Bon violoncelliste, il possédait un authentique Guarneriens, dont il jouait rarement, sous prétexte que personne n’était là pour l’accompagner au piano.

Les pêcheurs l’avaient en haute estime. Ils ne passaient jamais devant la maison du colonel sans saluer un portrait que, par facétie, il avait placé derrière une vitre de l’atelier, et qui le représentait avec sa casquette à carreaux et sa pipe.

Le Colonel était en quelque sorte l’âme de Portivy, et il semblait que, lui parti, le petit port n’aurait plus de raison d’être. Toute la journée il rodait sur le quai, armé d’une canne avec laquelle il exécutait d’impressionnants  moulinets et dont il mençait les pêcheurs qui tardaient à lui apporter des homards, son plat de prédilection. Il parlait à l’un, interpellait l’autre, criait aux filles des plaisanteries salées, emplissait de vie un quai, qui sans lui, fut resté morne et silencieux.                                                   

Comme tous les survivants des guerres impériales, il abondait en souvenirs et les contait volontiers. En 1870, il avait partie de l’état-major de Bazaine, en qualité de capitaine-adjudant-major.

 A Saint-Privat, chargé de porter un ordre à l’extrême droite de la ligne, il avait parcouru presque toute l’étendue du front, devant les troupes, et s’était à plusieurs reprises trouvé être le point de mire des batteries Prussiennes, parce qu’il montait un cheval blanc, tiré des écuries du Maréchal, et qui formait cible. C’est,me disait le colonel, au cours de cette chevauchée périlleuse qu’il avait pu comparer les artilleries aux prises. Les projectiles allemands tombaient d’aplomb sur la ligne française, avec une précision remarquable, et éclataient au sol, tandis que les obus français éclataient en l’air, en avant ou en arrière des lignes allemandes. Il avait eu nettement l’impression que pendant toute la bataille, le tir français avait été fort mal dirigé. A Sainte-Barbe, chargé de détruire un petit bois qui génait le tir des forts de Metz, il avait accompli sa mission en laissant sur le terrain une multitude de cadavres. Il montrait sa Légion d’Honneur sur le revers de son veston, et déclarait : "Ce ruban a coûté la vie à cent quatorze hommes !"

Il nous arriva souvent de nous entretenir du siège de Metz, et de Bazaine. Le colonel qui, par ses fonctions avait vécu dans l’entourage immédiat du Maréchal depuis le début de la guerre jusqu’à la capitulation, le blâmait comme chef et l’admirait comme homme. Il était, disait-il, d’une bravoure hors ligne et d’un calme magnifique au milieu des feux les plus violents.        

Est-il exact, demandai-je un jour au colonel, que Bazaine jouait au billard pendant la bataille de Plappeville ?

"C’est un odieux mensonge ! "M’affirmait-t-il." Comme tous les griefs d’ailleurs qu’on accumula contre lui. Ce n’en était pas moins un …adin. Il n’a cessé de démoraliser l’armée et a livré des drapeaux, alors que plusieurs colonels ont pris sur eux de brûler celui de leur régiment. On aurait du lui brûler la cervelle dès le lendemain de Gravelotte."

Le colonel nourissait deux amours, l’un, pour son Guarnesius, l’autre, pour son épouse.

Madame Lavillette avait eu, vers 1880, son heure de notoriété, comme peintre de marines. Elle était hors-concours au Salon des Artistes Français depuis 1875. Sa facture s’apparentait à celle de Courbet, mais lorsque je la connus, elle déclinait pour avoir voulu rajeunir sa technique et éclaircir sa palette, sous l’influence des théories impressionnistes. Cela constituait de sa part une lourde erreur : un artiste doit rester lui-même en dépit des variations de la mode. Madame Lavillette avait eu le tort de ne pas le comprendre.

C’était une femme très maigre, intelligente, cultivée, exaltée, qui défendait ses idées avec fougue, même lorsqu’elles n’étaient pas défendables.
Son seul travers consistait en une coquetterie, qui, à l’âge de soixante dix ans, la poussait à se teindre les cheveux  et les sourcils, à se farder, à porter des robes et des chapeaux de jeune-fille. A la vérité, elle était restée à ce point alerte, droite et souple, que, vue de dos, elle donnait catégoriquement l’impression d’une femme de trente ans. Elle n’abdiquait pas. Ses repas comportaient seulement une assiettée de crème, qu’elle partageait avec ses sept matous, assis en demi-cercle, devant elle sur la table. En bref, Madame Lavillette était d’un commerce très agréable et affectueux, malgré sa combativité.


Portivy à l’époque
d’Elodie La Villette

Je devins tout de suite un familier de la maison. En
été, et surtout les après-midi du samedi, il y avait toujours du monde dans l’atelier, du monde intellectuel, des artistes, des officiers en retraite, venus de Lorient, de Vannes et d’ailleurs. En fait, un oasis de mondanité dans un désert. Les Lavillette avait conservé malgré leur retraite à Portivy, de vastes relations. On les venait visiter à toutes occasions et souvent de très loin. On s’assemblait dans la baraque vitrée, encombrée de toiles et où régnait le plus sympathique des désordres, ou dans le jardinet, parmi les hortensias. Le bruit de la mer alternait avec celui des conversations  

J’ai rencontré là le peintre Gaston Thyesson, avec lequel je devais passer de si belles heures à Saint Avoye, l’écrivain Romain Rolland qui n’avait pas encore adopté l’attitude qu’il prit par la suite et qui l’obligea à quitter la France, Charles Vildrac, l’auteur du ‘’ Paquebot Tenacity ‘’, le paysagiste Maxime Maufra, trop oublié aujourd’hui, le capitaine de vaisseau Espinet (*1) très vieux marin qui,dans sa jeunesse avait navigué avec le Prince de Joinville sur les navires à trois ponts de Louis-Philippe. Un monde très divers dont les causeries abordaient tous les sujets.

Les idées les plus modernes, les plus subversives de l’ordre établi, ne scandalisaient pas les maîtres du logis, à la conditions toutefois, qu’elle respectassent le drapeau, ou , pour mieux dire, l’Armée Française. Le Colonel voulait bien admettre qu’il y avait beaucoup de vérités dans les brutales attaques de Zola contre l’Etat Major, mais les flèches ironiques que lui décochait Anatole France le mettaient hors de lui, à tel point que l’auteur du ‘’ Lys rouge ‘’ était devenu sa bête noire.

Il déplorait la disparition de l’esprit militaire. Les armées de Napoléon III, affirmait-il, étaient, au point-de-vue de cet esprit, infiniment supérieures à celles de la Troisième République, mais il se refusait à reconnaître qu’on ne peut exiger d’une armée nationale englobant toute la masse de la population masculine, ce qu’on est en droit d’attendre d’une armée de métier. Archi-nationaliste, il va sans dire. Il racontait qu’il faisait porter les armes à son  Régiment, lorsque les hasards d’une manœuvre l’amenaient devant la Lande de Mi-Voie où, le dimanche 27 mars 1351, s’était livré le combat des Trente.

Les réunions du samedi étaient fréquemment embellies par la présence d’une très jolie femme, madame Kolb-Bernard, petite fille du colonel et épouse d’un gros rentier ultra-royaliste et bien-pensant qui habitait Portivy. Son mari, naturellement, m’était médiocrement sympathique. C’est le sort habituel de tous les maris de jolies femmes. Leur maison, sise à l’extrémité Nord du quai, était celle-là même où quelques années   auparavant, Drumont (*2) avait écrit ‘’ La France Juive ‘’, une belle habitation décorée de tapisseries à personnages du XVIIème siècle et d’anciens meubles classiques.


Ces heures passées dans l’atelier de madame La Villette, ou dans le jardinet plein de roses et d’hortensias, ne sont jamais sorties de ma méoire. Elles conservent dans mes souvenirs une place de dilection et ont puissamment contribué à m’embellir le séjour de Saint-Pierre.

On discutait les théories artistiques nouvellement parues. Toutes se présentaient comme destinées à révolutionner de fond en comble les Beaux-Arts, et pas une seule n’est parvenue à inspirer un chef-d’œuvre.

 Thyesson défendait les ‘’ Fauves ‘’ , dénigrait l’Académisme, bafouait les exposants des Salons officiels, n’hésitait pas à proclamer qu’une pomme, une seule pomme de Cézanne, valait mieux que toutes les grandes machines de Detaille, de Rochegrosse et de Benjamin-Constant, dont les époux La Villette prenaient la défense.

‘’ Vos fauves et vous-même," affirmait le colonel," vous faites de la théorie, au lieu de regarder la nature … Vous passez des heurs, à TY-Loïc, à vous chauffer les rotules devant le poële, le dos tourné au magnifique spectacle de l’Océan !… Ce n’est pas ainsi que faisaient Gustave Courbet et le père Corot !’’


Le moulin de Portivy par E. La Villette  

Souvent quelqu’un se mettait au piano et exécutait de la musique classique. Cela aussi donnait lieu à des discussions passionnées.
Thyesson, s’il était là, ne manquait pas de défendre une théorie en vertu de laquelle, tout se réduisait à des vibrations, les sept notes de l’échelle diatonique et les sept couleurs du prisme sont sont exactement la même chose, de  telle  sorte  que  s’il   était  possible  de  faire défiler devant nos yeux à la même cadence, les notes correspondant aux notes du morceau joué, la sensation visuelle serait exactement semblable à la sensation auditive. Madame La Villette estimait que c’était là, à proprement parler, les élucubrations d’un fou …

Il m’arrivait d’amener Claudine Lannelongue, où la sympathie de tout le monde lui était acquise. Elle avait pris quelques leçons de piano, mais refusait de s’asseoir devant le clavier, consciente de sa maladresse.

Sur mon conseil préalable, et de son air le plus candide, elle déclarait que la plus belle musique est celle que l’on entend au cirque.

Cette opinion, qui levait au ciel les bras de madame La Villette, obtenait l’assentiment hypocrite du colonel. Il entonnait aussitôt un dithyrambe en l’honneur des écuyères, de leurs cuisses, de leur croupe, et tous les trésors dissimulés sous leur corsage de satin ou leur tutu de gaze.

‘’ Jules, taisez-vous ! s’exclamait sa femme. Ne tenez pas devant cette jeune fille des propos de vieux polisson !

"Polisson, si l’on veut,"ripostait-il," Mais vieux, halte-là ! Je prends encore des aller et retour ! ‘’

Et cette impudique jactance faisait, sous leur rouge artificiel, monter celui de la honte aux joues de la vieille dame ….

Toutes ces conversations sérieuses ou badines, avaient pour fond l’Atlantique hérissé de hargneux rochers, et pour accompagnement le bruit des vagues sur les récifs. Cela poétisait les abstractions et les théories, et leur donnait un charme qu’elles n’eussent certainement pas revêtu dans les lumières factices d’un salon parisien.

Par contre l’hiver, il arrivait que les lames déchaînées, bondissant par dessus le parapet de la jetée lançaient des paquets d’eau sur les vitres de l’atelier, avec une violence qui risquait de les fracasser. Les sept chats, terrifiés, se cachaient derrière des toiles accumulées dans tous les coins, Madame La Villette mettait à l’abri ses palettes et ses brosses, et le colonel, paisiblement assis dans son fauteuil d’osier, attendait d’un pied ferme la catastrophe …

J’ai connu peu de gens aussi jeunes que ce Philémon et cette Baucis de soixante –quinze ans. Ils se croyaient éternels. Devant un splendide coucher de soleil sur l’océan, le colonel criait :

‘’ Viens voir Elodie. Nous ne reverrons pas un ciel pareil avent vingt-cinq ans d’ici ! … ‘’

Ce temps en temps, les rares étrangers qui, en dehors de la saison s’aventuraient sur les grèves désertes de la Côte Sauvage, restaient hésitants et vaguement inquiets devant un objet dont, tout d’abord ils ne repéraient pas le nature.

C’était, au pied des falaises, tapie dans une anfractuosité des roches, une forme noire imprécise, et qui, par moments, remuait. Dans ce pays d’épouvantements et de légendes cette apparition ne laissait point que de causer un vague malaise.

Les plus braves, seuls, osaient approcher. A tente mètres de l’objet sombre, ils s’apercevaient avoir devant eux un être humain enveloppé de châles noirs, la tête entourée d’un voile épais qui ne laissait découvert que les yeux. Un  chapeau  plat, à larges bords, en équilibre stable sur l’amas des draperies funèbres, surmontait cet être accroupi. L’on voyait émerger du tas des châles et des voiles deux mains humaines couvertes de vieux gants amputés de leurs doigts. Cet être singulier maniait un miroir noir, et avait devant lui un attirail dont la nature, à distance, paraissait énigmatique.

Les gars de la côte nommaient cette inquiétante apparition "La Dame voilée". Quant aux promeneurs, ils hésitaient entre une Pythonisse se livrant à de mystérieuses incantations et une jeteuse de sorts préparant ses philtres au seuil de sa caverne. Par prudence, ils passaient au large.

La vérité était plus simple et ne justifiait aucun effroi. On avait devant soi madame Elodie La Villette en train de brosser d’après nature une étude marine.

Ce n’était pas seulement dans ses fonctions picturales que madame La Villette glaçait d’effroi les voyageurs. Sa baignade quotidienne sidérait quiconque avait le privilège d’y assister. Par tous les temps, même lorsqu’en en hiver le vent d’est glacial faisit frissonner les gens sur le quai de Portivy, lorsqu’on voyait des nez rouges émerger de foulards épais et des mains frileusement enfoncées dans les poches, la bonne dame sortait de sa maison, revêtue d’un antique costume de bain à la mode de 1875, traversait le quai, descendait vers le port, et plongeait sans hésiter dans les flots polaires. Rien ne l’arrêtait, pas même les grandes marées basses, alors que la mer se retire à longue distance. L’intrépide baigneuse pataugeait dans les trous d’eau, contournait les rochers épars, trébuchait sur les cailloux, glissait su les amas d’algues gluantes,, et s’éloignait, zig-zaguante et tenace, à la recherche des flots lointains. …

Et le colonel debout sur le quai, pointait sa canne vers l’îlot sablonneux qu’on apercevait à l’horizon, et criait aux spectateurs effarés :

"Venez-voir ! Venez-voir, madame La Villette qui va prendre son bain à Tyviec ! " 



(*1) Monsieur Espinet est l’époux de Caroline, sœur d’Elodie, elle-même
artiste peintre reconnue

(*2)Édouard Drumont, polémiste antisémite, entreprend, à la fin du XIXe siècle, de réviser l’histoire de France au travers du prisme d’un vaste complot judéo-maçonnique. Dans sa rhétorique, la condamnation du capitalisme bancaire, de la richesse et de l’argent est indissociable de la proscription du Juif, présenté comme un usurpateur de biens. Publié en 1886, son pamphlet la France juive, dans lequel il recourt à biens juifs », reste un texte permettant de comprendre la genèse du nationalisme antisémitique français.



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