Texte à méditer :  Pour voir loin, il faut y regarder de près.    Pierre DAC
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Livres et écrivains - Henri Céard

Henri Céard (1851-1924)
Terrains à vendre au bord de la mer

.
Paris : Editions Charpentier et Fasquelle, 1906
775 p. ; in-12

livres-ceard.jpgCe livre énorme, foisonnant, passionnant offre une vison terrifiante de la Bretagne de sa beauté et de ses traditions encore primitive à l'époque où commencent les spéculations sur le bord de mer, tout cela sur fond de Wagnerisme.

Ce modèle de politiquement incorrect se vendit fort mal. Il sera remis en vente en 1918 avec titre et couverture renouvelés

On a écrit sur l'écrivain et son oeuvre :

« la Bretagne au vitriol »

Cet écrivain a longtemps séjourné à Quiberon au début du siècle. Cela lui a permis d’observer les autochtones et le début des ambitions touristiques des futures stations balnéaires. Il relate donc sous la forme de roman son expérience bretonne.
Son amitié avec Zola lui confère un style naturaliste donnant encore plus d’ampleur à son analyse.
Une galerie de portraits s’étale tout au long du roman pour notre plus grand plaisir. Evidemment des portraits de bretons pur souche mais aussi de parisiens transformés en premiers touristes, de notables locaux, d’un écrivain parisien en exil et même d’un chien appelé « chien de nous ». l’auteur nous dévoile un univers restreint géographiquement (le lieu principal est un village dénommé Kerahuel) mais humainement étendu.
Les habitants de Kerahuel sont très souvent des ivrognes de mauvaise foi, croyants jusqu’au complet irrationnel, pauvres et sales.
Cette constatation se répète au fil des situations : le rejet puis l’accueil sous condition des estivants, l’infanticide, la pratique de la médecine, les beuveries organisées lors des élections municipales, la nourriture, les réactions sur les fameux terrains à vendre.
Mais les notables locaux et les touristes ne sont pas mieux lotis. L’hypocrisie règne, le docteur Laguépie étale son savoir avec auto satisfaction, les parents détruisent moralement leurs enfants, les frustrations sentimentales et artistiques battent leur plein, les querelles de pouvoir n’en finissent plus, la folie des grandeurs est vouée à l’échec.
L’humanité n’est pas bien belle.
Le lecteur accompagne le désespoir de Malbar, écrivain en manque d’inspiration qui retrouve par hasard Mme Trenissan cantatrice sur le déclin qui devient sa maîtresse. L’espoir réside dans la beauté des paysages, le rugissement de la mer et le château de Tristan en référence à la légende de Tristan et Yseult. Mais cela ne suffit pas à échapper à sa médiocrité à laquelle toute vie humaine est vouée. Une longue citation me semble révélatrice de l’état d’esprit de l’auteur :

« ils jouissaient de songer que ce spectacle, à cause de son ampleur même, ne pouvait entrer dans l’objectif d’aucun appareil photographique, dans le cadre d’aucun tableau ; qu’il dépassait la description des poèmes, échappait même à la notation des symphonies. Exaltés par la conviction qu’il leur appartenait en propre, exclusivement, qu’il était à eux seuls, n’avait d’autre mesure que l’émotion de leur cerveau et l’éblouissement de leurs regards, ils se répétaient :
-que c’est beau ! que c’est beau !
Ils souhaitaient se servir d’expressions plus caractéristiques, de termes mieux d’accord avec leur admiration et leur enthousiasme. Ils en cherchaient, s’avouaient impuissants à les trouver, finissaient par s’affliger de la misère des mots. Le monde les a usés dans l’échange d’idées subalternes.
».
Une fresque littéraire désespérée par la bassesse des hommes cultivés ou estimés primitifs.

Etienne Louis http://iconoclasteweb.free.fr

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Ami d'Émile Zola, Henry Céard (1851-1924) fut sans doute l'initiateur du célèbre recueil de nouvelles Les soirées de Médan (1880) avant de produire, dans la foulée, Une belle journée, prototype du " roman expérimental ", et réalisation d'un rêve caressé par Flaubert " d'un livre où il ne se passe rien ".
Le second livre de Céard, Terrains à vendre au bord de la mer, allait mettre vingt-cinq ans pour voir le jour. Vingt-cinq ans de déboires professionnels, pendant lesquels Céard s'orientera vers le théâtre sa passion malheureuse - et, avec plus de succès, vers la critique littéraire et le journalisme.
En 1898, il s'installa à Quiberon pour écrire ce roman qui se présente comme le contraire du premier. Non plus un roman sur rien, mais un roman total. Où, sans renoncer à son crédo naturaliste, il se fait néo-romantique pour fondre ses expériences dans un vaste drame " wagnérien " d'une extrême densité.
Il s'agit moins de raconter une histoire, ou des histoires, que de saisir, dans le présent immobile, à travers un immense réseau de " leitmotive ", l'écho des pages lues et des pages à venir.

" Terrains à vendre au bord de la mer est l'œuvre maîtresse de Céard. Longuement médité et composé, ce vaste roman breton est la somme des idées artistiques, sociales et politiques de l'auteur, la véritable somme de toute son expérience humaine ; un livre d'une richesse inépuisable, d'une densité sans égale dans l'œuvre de Céard ; et d'une originalité incontestable.
" C. A. Burns, Henry Céard et le naturalisme.

"... Un roman d'une richesse extraordinaire d'idées, d'un pessimisme âpre, auquel la musique (de Tristan et Isolde) donne une vie puissante : elle féconde, porte les sentiments à leur paroxysme, et ne saurait être remplacée par aucune autre ". Léon Guichard, La musique et les lettres au temps du wagnérisme.

" L'œuvre est énorme, et je ne parle pas du nombre de pages. Elle l'est par la prodigieuse accumulation des observations, des idées, des faits, des sensations. C'est le roman analytique poussé jusqu'au bout, jusqu'à l'extrême. " Gabriel Thyébaut, Cahiers naturalistes, n° 68, 1906.

http://decitre.fr


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