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Histoire-Naufrages 2 (Presqu'île patrimoine)

DOUBLE NAUFRAGE A LA COTE
LES 8 ET 9 JANVIER 1765


- Le naufrage -



Vers midi, les vents retombèrent au suroît et la mer grossit à nouveau. Les deux bateaux sautaient furieusement sur les ancres. Toute l’après midi ils tinrent bon. Mais vers six heures du soir, à bord du plus puissant d’entre eux, le gros câble se rompit et les autres ne tardèrent pas à céder à leur tour. Le capitaine fit tirer le canon d’alarme ; mais la mer était déchaînée et les riverains accourus ne pouvaient qu’assister impuissants au drame. Le navire était irrémédiablement perdu. Qu’en serait-il des hommes ?

Emporté par les vagues, il ne tarda pas à talonner et pour l’alléger il fallut jeter à le mer, les madriers de bois de campêche qui faisaient une grosse part de sa cargaison. Il parvint ainsi à s’approcher du rivage et à s’échouer cap au large. A l’arrière, il n’y avait guère plus de six pieds d’eau et des matelots se jetèrent résolument à le mer pour tenter d’atteindre la plage. Ils portaient un filin grâce auquel tout l’équipage réussit à évacuer l’épave et gagner la terre ferme.

La population s’empressa autour des naufragés pour les réconforter. Les officiers furent reçus au presbytère par le recteur, Sylvestre Quémard, tandis que les hommes étaient hébergés dans diverses maisons du bourg, notamment à l’auberge tenue par Gilles Daniel.

Le navire s’appelait "Le Mentor"’. Il appartenait à l’armataur Guillaume Grou, un des principaux "négriers" du port de Nantes. C’était un bâtiment d’environ 200 tonneaux, à un pont et un gaillard, et qui calait à vide 8 pieds ½ et 13 en charge. Il était percé pour dix canons, mais n’en portait que sept.

Le 7 juin 1763, il avait appareillé de Paimboeuf, avec un équipage de 39 hommes, comprenant 9 officiers majors, 4 officiers mariniers, 3 autres officiers, 9 matelots, 9 novices et 4 mousses, la plupart de la région nantaise. Le capitaine se nommait Jacques Bigot, lui-même de Nantes. Il devait conduire son navire successivement aux côtes d’Afrique pour y acheter des nègres, puis aux Antilles où il les revendrait comme esclaves, et d’où il rentrerait avec une cargaison de produits exotiques. C’est ce commerce triangulaire qui faisait au XUIIIème siècle, la prospérité de Nantes et des autres ports de l’Atlantique.

A départ, le "Mentor" emportait, outre l’avitaillement en vivres et en eau, des "marchandises permises " : armes, étoffes, quincailleries destinées à être troquées contre des nègres. Ayant touché aux côtes de Guinée au début de septembre, le capitaine Bigot négocia, en échange de sa pacotille, l’achat de 455 esclaves, hommes te femmes de tout âge.



Le 19 mars 1764, il remettait à la voile pour Saint-Domingue. Selon ses déclarations, au terme du voyage, il se trouva dérouté par les vents et les courants et contraint de relâcher à La Havane, le 19 juin. Douce contrainte, car, à Saint-Domingue le marché se faisait par simple troc, alors qu’à Cuba, on était payé en monnaie sonnante. Dès qu’il eut obtenu la permission, le capitaine s’empressa de vendre sa cargaison de "bois d’ébène". Depuis leur embarquement, 126 noirs avaient péri ; tous les survivants furent mis sur le marché.

La Joséphine, négrier , début du XIXème siècle

L’opération terminée, le "Mentor" n’éprouva plus aucune difficulté à rallier Saint-Domingue, lesté seulement de ses pièces d’eau et … de douros espagnols. Le 29 septembre, il jetait l’ancre à Cap français. Après avoir chargé 168.000 livres de bois de campêche, 30 futailles de sucre, 89 futailles de café, 2 ballotin de coton, 4 futailles d’indigo, Bigot appareilla pour la France, le 20 novembre. Il emportait en outre, tant pour le compte du navire que pour lui-même et divers particuliers, quelque 30.000 piastres, un véritable trésor renfermé dans des sacs soigneusement cachetés et placés dans des caisses de bois. Le "Mentor" touchait au port, quand il fut saisi par la tempête et déporté par elle jusqu’au delà de la presqu’île de Quiberon.

Il s’y trouvait de compagnie avec un autre navire nantais : "La Duchesse d’Aiguillon" . Celui-ci appartenait à l’armateur Potel et avait pour commandant le capitaine Jean-Rogatien Mouraud. Il revenait aussi de Saint-Domingue et avait embarqué aux Cayes-de-Saint-Louis une cargaison de sucre, de café, d’indigo, de coton et quelques pièces de bois rouge.

Plus léger que le "Mentor"’, il résista plus longtemps à la tempête avant d’être lui-même, au cours de la nuit, jeté à la côte. L’équipage réussit égalementà se sauver, de sorte que ce double naufrage, par une chance extraordinaire, n’avait pas fait de victime.

A suivre ...